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Amicale des Retraités de Saint-Gobain

Raphaël Lardeur, le revenant

 

Les vies d’archivistes et de conservateurs sont toutes jalonnées de moments de désespoir face à des pertes ou - pire - des destructions d’éléments du patrimoine, mais aussi de moments d’euphorie quand sont redécouverts ou ressurgissent de manière inopinée œuvres d’art, archives, documents… que l’on croyait disparus pour toujours !

C’est un grand moment que l’équipe de Saint-Gobain Archives a vécu avec l’aventure du vitrail de Raphaël Lardeur. Ce vitrail avait été présenté dans le célèbre pavillon Saint-Gobain, en verre, prouesse architecturale de René Coulon et Jacques Adnet réalisée pour l’Exposition internationale de Paris en 1937. Le pavillon, démoli après l’exposition, était resté dans les mémoires et avait également connu une deuxième vie en ayant été l’une des sources d’inspiration des pavillons itinérants du 350e anniversaire de Saint-Gobain. Signalons que René Coulon a été mis à l’honneur cette année dans une exposition consacrée à l’Union des Artistes Modernes (UAM), qui s’est tenue au centre Pompidou.

 

Revenons à Raphaël Lardeur et à son vitrail. Raphaël Lardeur, fils de peintre décorateur, a été très actif et reconnu en son temps et a créé également une dynastie d’artistes : son fils Gérard était maître verrier comme lui et sculpteur. Son petit-fils Thomas est sculpteur. Raphaël est né dans le Nord, à Valenciennes, en 1890. Il devient maître verrier, dans la pure tradition, avec du verre et du plomb, sans recours à la peinture sur verre. Il travaille beaucoup après la Première Guerre Mondiale, dans le contexte de la reconstruction et réalise beaucoup de vitraux pour des églises de l’Aisne et de la Somme notamment. Dans l’entre-deux-guerres, il s’impose comme l’un des maîtres du vitrail Art déco avec un style figuratif assez épuré. Il s’intéressera aussi beaucoup au vitrail profane et commercialisera des vitraux de dimensions modestes, représentant des paysages ou des scènes de genre qui ne manquent pas de charme. Raphaël Lardeur aimait beaucoup utiliser la large palette de verres colorés, soufflés de manière traditionnelle, de la Verrerie de Saint-Just. Dans un article de Glaces et Verres (novembre-décembre 1937), il disait avoir l’impression de travailler « avec une matière irréelle : non avec du verre, mais avec de la lumière colorée… ». Matisse, pous ses vitraux de la chapelle de Vence, allait aussi expérimenter la magie des verres de Saint-Just. Se trouve toujours dans le bureau du directeur de la Verrerie de Saint-Just un magnifique vitrail de Raphaël Lardeur intitulé La Belle Verrière réalisé en 1945, témoignage des bonnes relations entre Saint-Just et son client.

 

Raphaël Lardeur vivait à Paris rue du Cherche-Midi et son atelier d’artiste, utilisé après lui par son fils, existe toujours. Le temps s’y est arrêté. Lardeur a bien connu l’effervescence artistique de Montparnasse et de Saint-Germain-des-Prés. Il se rendait tous les jours, en fin d’après-midi, chez Lipp où il retrouvait notamment Léon-Paul Fargue, le poète, André Dhôtel, l’écrivain, et d’autres artistes.

 

On ne sait pas exactement dans quelles conditions Saint-Gobain confia à Raphaël Lardeur ainsi qu’à Jacques Grüber, grand maître verrier de l’Ecole de Nancy, la réalisation des deux vitraux présentés dans le pavillon de 1937 : celui de Lardeur représente le soufflage et l’étendage du verre (toujours pratiqués à Saint-Just), celui de Grüber le coulage ancien de la glace et le laminage moderne. Plusieurs reportages nous donnent une bonne idée de leur apparence et de leur taille imposante. En 1938, le pavillon Saint-Gobain est démonté. Les vitraux de Lardeur et Grüber disparaissent.

 

Soixante-quinze ans plus tard, en 2012, visitant avec Maurice Hamon la Verrerie de Saint-Just puis l’usine de bouteilles de Saint-Romain-le-Puy, le directeur de cette dernière usine nous raconte qu’il existe un vitrail de la première moitié du XXe siècle, réalisé avec du verre de Saint-Just, dans une petite commune voisine. Quelque temps plus tard, Laurent Ducol, directeur de Saint-Gobain Archives, reprend la piste. Avec l’aide du directeur de Saint-Just, Philippe Valéry, il trouve le vitrail en question dans un cinéma associatif de la petite commune de Saint-Just-Saint-Rambert. C’est bien celui de Lardeur qu’on pensait disparu pour toujours ! Le cinéma Family est installé dans l’ancienne Maison des œuvres de Saint-Just, créée par l’abbé Fontanay en 1939, à laquelle les verriers de Saint-Just avaient sans doute donné le vitrail de Lardeur, récupéré après la démolition du pavillon Saint-Gobain. La guerre avait arrêté net le projet de patronage. La Maison rouvrit en 1952 et se transforma quelques années plus tard, en 1960, en cinéma associatif, le Family.

 

Le vitrail retrouvé dans les locaux du cinéma était intact mais malheureusement en mauvais état et il manquait quelque peu de visibilité. Or, le cinéma Family avait justement un projet de déménagement dans un nouveau bâtiment construit ex nihilo. Le cinéma Family restant très attaché au vitrail de Lardeur, devenu une sorte d’emblème, un montage astucieux fut alors trouvé : Saint-Gobain retrouvait la propriété du vitrail mais le laissait en dépôt pour une longue durée dans le nouveau cinéma et finançait sa restauration. Le 21 octobre 2016, avait lieu l’inauguration du nouveau cinéma, toujours associatif, dans le hall duquel le vitrail de Lardeur est à l’honneur, magnifiquement restauré. Un an plus tard, une petite cérémonie autour du vitrail se déroula en présence d’une délégation de verriers de Saint-Just.

Aujourd’hui, en plus de cette découverte, des liens durables ont été tissés avec l’équipe du Family ainsi qu’avec deux Australiennes, Suzanne Grano et Julie Schroder, petites-nièces de Lardeur, qui partent chaque année sur les traces de Raphaël en sillonnant la France à la recherche de ses œuvres ! Cette aventure fut aussi l’occasion de rencontrer les petits-enfants de Raphaël Lardeur qui s’apprêtent à lancer un site Internet sur l’œuvre de trois générations de Lardeur. Ils vont également verser à la Cité du vitrail de Troyes un fonds documentaire qui sera accessible à tous les chercheurs. Le travail de Lardeur est remis à l’honneur, en même temps que son vitrail.

Marie de Laubier

Directeur des relations générales de Saint-Gobain  - Novembre    2018

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